Parue dans Le Monde le 15/07/26
En court-circuitant la gouvernance locale de l’eau au profit d’une minorité d’agriculteurs, le texte accroît le risque de tensions entre l’ensemble des usagers de la ressource, alors que celle-ci manque déjà, observe un collectif emmené par l’association Déclic collectif, dans une tribune au « Monde ». L’eau est un bien commun dont nous dépendons tous.
Cet état de fait commande que l’ensemble des usagers participe à sa gestion pour répartir équitablement la ressource et les efforts de préservation. Cette gestion en commun est la condition permettant d’assurer dans le temps l’accès à une eau en quantité et en qualité suffisantes. En France, sa gouvernance s’est construite autour de ce principe. Les élus locaux, les agriculteurs, les industriels, les représentants de l’Etat, ainsi que les associations de l’environnement et d’usagers se rencontrent au sein d’instances locales, où ils élaborent des compromis pour faire émerger une stratégie territoriale de gestion de l’eau.
C’est ce modèle que menace le projet de loi d’urgence agricole. Nous nous félicitions, il y a peu, des nappes phréatiques rechargées grâce à un hiver pluvieux. Pourtant, à la date du 6 juillet, sur 101 départements français, 96 étaient concernés par des restrictions d’usage. Ce n’est plus une situation exceptionnelle. Lors de la sécheresse de 2022, Nantes, qui semble peu concernée, avait frôlé la rupture d’approvisionnement en eau potable. De nombreuses villes avaient dû être ravitaillées par camion-citerne ou avec de l’eau en bouteille. Les Pyrénées-Orientales ont connu trois ans de sécheresse et font aujourd’hui face à d’importants incendies. Ce n’est là qu’un avant-goût de ce que nous vivrons plus souvent et intensément en raison du réchauffement climatique.
D’après le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, à l’horizon 2050, 88 % du territoire hexagonal pourrait être en tension modérée à sévère, en raison de prélèvements en eau devenus insoutenables. Seul un changement profond de nos usages pourra garantir l’accès à la ressource. La sobriété est une nécessité qu’il nous faut planifier rigoureusement et collectivement. En contradiction avec ses propres orientations visant à renforcer la gestion territoriale de l’eau (comme le troisième plan national d’adaptation au changement climatique ou le plan Eau), le gouvernement a ouvert la porte à un texte qui contourne les instances locales de gestion.
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Premiers signataires :
Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France ; Olivier Chaloche, coprésident de la Fédération nationale d’agriculture biologique ; Jean-Luc Dupont, président de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies ; Nadine Lauverjat, déléguée générale de Générations futures ; Christophe Lime, président de France Eau publique ; Jean-Claude Oliva, directeur de la Coordination Eau Ile-de-France ; Albin Pinaudeau, coprésident du Parlement français des jeunes pour l’eau ; Clara Prosperi, coprésidente de Déclic collectif ; Nicolas Richard, président de France Nature Environnement ; Charlotte Schneider, directrice générale de Greenpeace France.